Dans cette rubrique sont contées des rencontres.
Fortuites, amicales, professionnelles ou amoureuses. Avec pour seul objectif de partager, d’inspirer voire même d’éclairer.

Exemple d’une rencontre dans la vie de tous les jours.
Une rencontre qui a tenu à un coup de fil.

Juliette

Le simple fait d’écrire les huit lettres de ce prénom me fait quelque chose. C’est sûrement parce que je connais la suite de l’histoire. C’était une fin d’après midi de janvier, en semaine. Je lis ce prénom sur un camion. Enfin non, pas un camion mais une grosse voiture, une sorte de transporteur, avec des chiens dessinés dessus. Ca fait quelque temps que je le vois dans le quartier. J’ai compris que cette Juliette était une promeneuse de toutous. J’en ai rencontré quelques uns, des promeneurs en me baladant avec Mia à Vincennes. Je les trouve un peu particuliers. J’imagine qu’il est indispensable que le chef de meute soit dominant mais je les trouvais à chaque fois archi dominants, justement. Voire un poil agressif, à tendance sauvage. Bref, je dois être rempli de préjugés les concernant. Toujours est-il que le mien, de chien, n’est vraiment pas cool avec ceux qu’il croise dans la rue. Elle est agressive, bruyante, désagréable, c’est un régal ! Elle s’est déjà fait percuter par une voiture à cause de ça. Nous rentrions d’un footing, à 200 mètres de la maison. Un golden retriever était en face de nous et comme elle craint les gros chiens, Mia a fait un écart sur la route. J’ai cru qu’elle était morte ou que son corps entier était fracturé. Ni l’un ni l’autre, un miracle.

Le temps a passé, son comportement ne s’est pas amélioré, c’est décidé, on prend les devants. Je laisse un message. Elle me rappelle, me laisse un message. Nous convenons de nous rencontrer le lendemain, vers 18h dans la boutique d’un ami. Elle est accompagnée de sa chienne et d’un gros toutou noir qui fait dresser la crête dorsale de Mia. Juliette est assez jeune, on doit avoir le même âge. Son activité cartonne, elle n’accepte plus de chiens en dehors du 5ème arrondissement où elle habite. Elle en a une dizaine environ par balade. Elle a ce discours de ceux qui n’ont pas besoin de toi pour vivre. Elle est prête à t’aider, à travailler avec toi en te faisant réaliser que quelque part tu es un privilégié. Je trouve que c’est la technique de vente la plus puissante qui existe. Juliette le fait naturellement et répond à mes questions en toute décontraction. En abordant les prix de ses prestations, elle ne s’étonne pas de ma réaction surprise. Elle acquiesce mais connaît bien son marché, sa forte demande, et le pouvoir d’achat de sa clientèle. Au moment de quitter les lieux je lui dis que la prochaine fois, mon ami lui chantera une chanson qui lui est dédiée !

Nous parlons de tout ce qui nous passe par la tête. De tellement de choses que je lui dis

«j’espère qu’on ne s’est pas tout dit» !

10 jours passent, un passage à la montagne puis à Lisbonne, Mia monte en puissance et surtout en agressivité ! Je me dis en ce mercredi matin que je vais appeler la promeneuse, pour le bien de la communauté et de l’intéressée. La journée et son lot de surprises défilent. Milieu d’après midi, je reçois justement un texto de sa part ! Elle me propose de la retrouver en balade, en fin de journée, autant faire le tour du quartier accompagnée ☺ Je le prends comme une vraie belle surprise. Mia est d’abord un poil méfiante avec Homie, sa chienne, puis elle ne la calcule plus. Notre marche dure 50 minutes et passe en un claquement de doigts. Nous parlons de tout ce qui nous passe par la tête. De tellement de choses que je lui dis «j’espère qu’on ne s’est pas tout dit» !

Les deux suivantes sont à l’image de la première. Je découvre une personne profondément drôle ! Elle me fait tellement rire, elle est spontanée, naturelle et authentique. Tout ce qu’on peut rêver d’un être humain ! Nos conversations sont fluides. Cette bouffée d’oxygène à 18h me fait digérer mes journées passées à l’espace de co-working. Au départ, pour se retrouver, je lui envoie un texto de 4 lignes, puis de 2 lignes puis il tient en 2 mots : P’tite balade ?

Le week-end passe et le lundi qui suit, Juliette me propose le graal : l’accompagner au bois de Vincennes avec « sa meute de chiens ». Of course Buddy !
Pas un nuage dans le ciel ce matin là ! Elle part de chez elle à 8h pour récupérer les toutous un à un dans leur maison. Le rendez-vous est à 10h15, au bout d’une avenue. Mon GPS déconne, je me perds. Heureusement, une mamie passe par là en faisant sa gym et me remet sur le bon chemin. Je précède Juliette et sa cavalcade de deux minutes. Les chiens connaissent le rituel par cœur, les moindres sons et odeurs. Au moment de garer le transporteur, ils entonnent leur hymne canin et Mia se met sérieusement à flipper. Véro, une pote quotidienne de balade arrive avec Jackpot. Les noms des chiens, leur dégaine et la personnalité que dégage chacun d’eux me fascine. Juliette me le confirme et me présente l’obsédé de la bande, l’allumeuse de service, la princesse, le maître nageur, le retardataire, la pipelette…et Mia la trouillarde ! Elle n’en mène pas large ce jour là et ne me quitte pas des yeux.

Le tour dure 2 heures, je découvre ma voisine de quartier dans son environnement professionnel : les bois, la verdure, le bleu du ciel et le soleil (ce jour là). Ses collègues de travail ont tous la patate. Pas un seul ne se plaint, ressasse son week-end ou tire la gueule, tous sont heureux de la voir environ 320 jours de l’année !
C’est ce que j’appelle un job en or ! Pas une fois je l’ai entendu hausser la voix. Elle est souriante, décontractée, heureuse. Je crois que Juliette est désormais la personne que je connais qui a le métier le plus épanouissant pour les raisons suivantes :
– Le contact avec la nature, les éléments, l’air beaucoup moins pollué qu’en centre ville.
– L’effort physique : la balade fait environ 5km, soit la moitié des 10 000 pas conseillés par jour déjà effectués dès midi pétante.
– La relation avec ses « collègues de travail » qui l’aiment tous profondément. Ils attendent avec impatience son arrivée chaque matin pour lui faire la fête. Avez vous personnellement déjà fait la fête avec autant de lâcher prise à votre entourage professionnel que vous côtoyez chaque jour !?
– La relation de confiance avec les maîtres qui évolue et grandit avec le temps, Juliette fait maintenant partie de certaines familles avec lesquelles elle est déjà partie en vacances !
– La demande : son marché est énorme sur une ville comme Paris, aujourd’hui elle refuse les chiens qui lui imposent un trop long détour.
– Enfin, et pas des moindres, son temps libre car à 14h c’est Freedom communication, liberté, égalité, fraternité jusqu’au lendemain !
Les 2 seuls points négatifs que j’analyserais seraient :
– La route tous les matins et les potentiels embouteillages.
– Devoir prendre ses vacances en même temps que tout le monde (beurk 😉

Le groupe évolue en harmonie et Juliette l’encadre tel un chef d’orchestre. Le phénomène de meute est un puissant accélérateur de dressage pour un nouveau chien dans la bande. Il y aura toujours un gentil organisateur pour accueillir, un leader pour guider, un justicier pour apaiser, un troubadour pour titiller… Les animaux la connaissent et elle les a tellement apprivoisés qu’ils n’ont pas tous besoin d’être tenus en laisse. Ils jouent, reniflent, se roulent, sprint, se baignent et rentrent chez eux HEU-REUX !
Je rentre déjeuner puis rejoins l’espace de Co-working ou j’ai mon bureau. Ma journée de travail commence, celle de Juliette est déjà derrière elle. Pu**** la chance !
Nous nous baladerons les soirs de la semaine vers 18h. Elle me fait rire. On a toujours quelque chose à se raconter. Elle part une semaine avec sa mère au Sénégal le mercredi d’après et me demande, un peu gênée si je peux passer nourrir Réglisse, son chat. Bien sûr, on est voisins et ça me fait vraiment plaisir. Je lui dis aussi que je suis là si elle a le moindre problème avec Homie, sa chienne. Le week-end arrive. Le samedi en fin d’après-midi, elle retrouve une amie en terrasse et me propose de passer les voir. De la même manière, je connecte immédiatement avec sa pote qui est drôle, vive d’esprit, souriante ! Ca me fait tellement de bien de rencontrer coup sur coup ces personnes avec lesquelles le contact est simple, les échanges sont fluides et les rires fusent en permanence.
Mes parents sont actuellement sur Paris et j’ai pour habitude de faire des crêpes le dimanche soir. C’est tout naturellement que je propose à ma nouvelle meilleure acolyte de se joindre à nous. Deux autres amis sont également de la partie. Bien que surprise de l’invitation peut-être rapide ou seront présents mes parents, l’ambiance est décontractée, à leur image. J’ai la chance d’être tombé dans une famille relativement cool, avec des gens ouverts d’esprit, tournés vers les autres, chaleureux, accueillants.

Ce soir là à 21h, je joue mon deuxième tour d’un tournoi de tennis. Je charrie Juliette une première fois prétextant qu’elle sera sur le bord du court pour m’encourager. La seconde fois est davantage adressée sur le ton de la proposition qu’elle accepte illico ! Je suis hyper étonné, je ne le montre pas mais ça me rend très heureux !

–Pourquoi je ne le montre pas d’ailleurs ? Pourquoi est ce que ça devient difficile quand il s’agit de montrer ses émotions ? De les laisser sortir et de vivre pleinement le moment ? Le regard des autres encore et toujours. Comment vont ils le prendre, pour qui je passe, que vont ils penser… Fermez le clapet de cette petite voix et laissez vous vivre pleinement ! J’ai même tendance à croire que lorsque cette petite voix retentit, celle de la peur, du questionnement, du jugement, et bien c’est en allant au delà que l’on réalise les grandes choses, celles qui sortent du commun, qui nous font vraiment grandir-

On se retrouve donc sur l’A6B à 20h30 un dimanche soir par 0 degrès à 50km/h à tout casser, le scooter a du mal ! Et on se marre, pour changer ! Mon premier match sous son coaching est un vrai marathon, mais pas un succès, Dommache ! Il est minuit 20 quand nous quittons le club, je suis épuisé. Je tombe dans ses bras avant de prendre la route, j’ai besoin de forces, de ses forces.

Lundi, le lendemain. Je dois passer en fin de journée récupérer les clés de son appart et rencontrer Réglisse, le félin ! J’arrive à 19h, Juliette nous ouvre 2 bières et je m’affale dans son canapé, avec mon survet’ de la veille. Sexy quoi ! Je ne suis vraiment pas dans la séduction et avec du recul, elle le ressent c’est sûr. Ca la met à l’aise. C’est l’histoire de deux personnes qui habitent le même quartier. La rencontre se fait naturellement. C’est le genre d’histoire qu’on préfère raconter 30 ans après plutôt qu’une rencontre faite sur un site quelconque ! On apprend à se connaître progressivement grâce à nos chiens respectifs en se promenant, en s’aérant. Tout est agréable. Tellement plus que de se retrouver en terrasse à se prendre la fumée de cigarette du voisin ! Et puis le timing est bon, nous sommes libres tous les deux.
Le terrain devient glissant. D’une personne que je n’envisageais pas comme partenaire, je la regarde différemment. Je remarque qu’elle se maquille et s’apprête un peu quand on se retrouve. Je fais plus attention aux détails. J’adore son rire. J’aime son naturel, j’aime sa personne.
Il est déjà minuit. La playlist passe pour la troisième fois. Je suis tellement bien que le temps est passé en un clin d’œil ! Nous sommes allongés l’un face à l’autre dans son canapé. Courbaturé du corps entier suite au match de la veille. Juliette entreprend de me faire un massage des jambes. Je lui rends. Nous nous rapprochons, j’ai envie de l’embrasser. Nous nous embrassons. C’est bon. Je ne sais pas si c’est « bien », mais c’est très bon et les doutes font place à l’excitation.
1h du mat’, lundi soir, ou plutôt mardi matin, déjà. La semaine commence bien. – Tu ne m’en veux pas si je rentre ?
– Non, t’inquiète pas.

Cette soirée était suspendue dans le temps. Simplement magique.
Je me retrouve avec Mia et Homie en ce mardi soir. Juliette et sa maman partent une semaine au Sénégal. La suite ? L’avenir nous l’écrira…

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